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Interview : Ankit Kumar (Skye Air) — la livraison par drone et la gig economy

7 min de lecture

Imaginez : vous passez une commande sur une application de commerce en ligne ou de quick commerce.

Mais, au lieu qu'un livreur emprunte la route pour vous atteindre, un drone transporte maintenant le colis jusqu'à votre résidence, le dépose dans un pod ou un casier dédié, et un coursier à pied effectue le dernier tronçon jusqu'à votre porte.

Les livraisons par drone, longtemps considérées comme futuristes, commencent à prendre forme en Inde.

Skye Air Mobility, une société basée à Gurugram, a lancé des services de livraison par drone jusqu'à la porte à Gurugram et Bengaluru.

La société affirme avoir déjà effectué plus de 2,6 millions de livraisons, ce qui signale un basculement potentiel sur le marché hyperlocal à forte croissance en Inde.

Le marché indien des drones était évalué à $940.6 million en 2024 et devrait atteindre $3.23 billion d'ici 2030.

L'Inde devance les grands marchés mondiaux avec un TCAC de 50,4 % dans le segment de la livraison par drone, devant la Chine.

« Le marché a mûri plus vite que la plupart ne l'avaient prévu », déclare Ankit Kumar, PDG et fondateur de Skye Air Mobility, à Invezz dans une interview.

Les investisseurs sont optimistes : la startup a récemment bouclé une levée de fonds de $9 million, et des plans sont en cours pour créer un écosystème de livraison entièrement autonome.

Kumar évoque également les bénéfices de coûts pour les entreprises utilisant des drones, son point de vue sur les géants du e‑commerce développant leurs propres drones en interne, et l'avenir des livraisons par drone en Inde.

Invezz : Vous êtes l'un des principaux acteurs de la livraison par drone en Inde. Quelle a été votre expérience du marché jusqu'à présent en termes de réactions des clients et des entreprises partenaires de e‑commerce et de quick‑commerce ? Quels freins comportementaux ou de confiance subsistent encore chez les consommateurs et les entreprises ?

Le marché a mûri plus vite que la plupart ne l'avaient anticipé.

Nos partenaires entreprises — du e‑commerce, du quick commerce et du secteur de la santé — n'évaluent plus les drones ; ils les intègrent activement car l'équation vitesse/coût est indéniable.

Côté consommateur, la première livraison convainc à elle seule.

Une fois qu'une personne reçoit un colis par drone, ce n'est plus une curiosité mais une attente.

Je dirais que le véritable défi restant n'est plus la confiance — c'est l'intégration.

À quel point les drones s'intègrent‑ils proprement dans une infrastructure logistique existante ?

C'est le problème que nous avons conçu Skye Air pour résoudre, par ce que nous appelons Physical AI — des drones, des pods intelligents et des rovers terrestres fonctionnant comme un système intelligent unifié plutôt que comme du matériel isolé.

Invezz : Vous avez récemment obtenu un financement de $9 million. Quels sont vos plans pour ces fonds ?

Les $9 million sont affectés à trois priorités claires.

Premièrement, étendre notre flotte de drones — davantage d'appareils signifie plus de capacité, davantage de livraisons simultanées et la capacité de servir des clients à une échelle qui influence réellement leur activité.

Deuxièmement, développer notre réseau de Skye Pods — les pods sont l'épine dorsale de notre grille logistique distribuée, et chaque nouveau pod ouvre un nouveau rayon de livraison.

Troisièmement, améliorer l'efficacité globale du système — un routage plus intelligent, une meilleure disponibilité et une intégration plus serrée à l'échelle de la flotte.

Le résultat de ces trois leviers est simple : plus de pincodes desservis, davantage de clients embarqués et un réseau qui devient sensiblement plus rapide et plus fiable à chaque roupie investie.

Invezz : Quel est l'avantage coût‑bénéfice pour les entreprises utilisant vos drones pour livrer des colis par rapport aux méthodes traditionnelles ? Pouvez‑vous quantifier avec un exemple ? Visez‑vous un coût de livraison cible ?

La logistique du dernier kilomètre coûte aujourd'hui aux entreprises entre 12 % et 15 % de la valeur d'une commande.

C'est un fardeau important qui pèse sur les marges de chaque envoi.

Our target is to bring that down to 6–9% through a combination of drone-based mid-mile, pod-based consolidation, and rover-assisted last-mile.

Pour être concret, une livraison sur 5 à 7 kilomètres qui prend 30 à 60 minutes par la route nous prend 7 à 10 minutes.

À grande échelle, nous visons des gains d'efficience des coûts de l'ordre de 20 % à 30 %.

Mais honnêtement, l'argument du coût n'est qu'une partie de l'équation.

L'autre partie, c'est la cohérence — Physical AI supprime l'imprévisibilité inhérente aux systèmes manuels, et c'est cette prévisibilité que les partenaires entreprises valorisent réellement.

Invezz : Quelle est votre vision de la concurrence des grands acteurs du e‑commerce qui développent des capacités de drones en interne ?

Je le vois comme la validation la plus forte que notre industrie puisse recevoir. Cela montre que l'espace est réel et que l'opportunité est vaste.

Mais voici la distinction : la logistique par drone ne se limite pas au matériel volant.

Il s'agit de construire un écosystème Physical AI complet couvrant la gestion de l'espace aérien, l'intégration au sol, la conformité réglementaire et l'intelligence en temps réel.

Les grands acteurs qui développent des solutions en interne optimiseront naturellement pour leurs propres cas d'usage.

Nous, nous construisons une infrastructure partagée pour l'ensemble de l'écosystème.

J'estime que cette industrie reproduira ce qui s'est passé avec le cloud computing — certaines entreprises construiront en interne, mais la majorité s'appuiera sur des fournisseurs d'infrastructures spécialisés.

C'est précisément là où Skye Air se positionne.

Invezz : Dans quelle mesure le cadre politique indien sur les drones a‑t‑il été favorable à l'évolutivité commerciale, et quels sont les principaux goulots réglementaires qui doivent encore être traités ?

L'Inde dispose véritablement de l'un des cadres politiques les plus avant‑gardistes au monde en matière de drones, et je l'affirme sans hésitation.

L'intention du gouvernement est claire, et la direction est la bonne.

Ce dont nous avons maintenant besoin pour concrétiser cette ambition, c'est d'une exécution plus rapide — en particulier des approbations accélérées pour les opérations BVLOS (au‑delà de la portée visuelle) à grande échelle, des couloirs aériens urbains clairement définis, et des cadres standardisés pour la livraison du dernier kilomètre par drone.

Ce ne sont pas des problèmes insurmontables ; ils sont résolubles par une coordination ciblée entre l'industrie et les régulateurs.

Une fois traités, l'Inde ne se contentera pas de mener la logistique par drone — elle deviendra le marché de référence mondial pour la bonne pratique.

Invezz : Vous avez aussi un « walker » qui récupère le colis au Skye Pod et le livre à la porte du client. Cette fonctionnalité n'augmente‑t‑elle pas vos coûts ? Envisagez‑vous un système de livraison entièrement autonome et une application D2C ?

Le walker dans notre modèle actuel est un choix de conception délibéré, pas une limitation.

Il nous garantit des taux de réussite élevés, une meilleure expérience client au seuil et nous maintient en conformité avec les limites réglementaires actuelles.

Mais il s'agit d'un état clairement transitoire.

The end state I'm building toward is a fully autonomous delivery ecosystem — drones handling mid-mile, Skye Pods acting as intelligent neighbourhood hubs, and rovers completing the last mile without any human in the loop.

Physical AI rend cela possible. Sur le D2C — notre attention est pour l'instant concentrée sur la construction de la couche d'infrastructure B2B.

Toute initiative D2C, si et quand nous la lancerons, sera construite au‑dessus de ce réseau autonome, pas avant.

Invezz : Comment attendez‑vous que la livraison par drone évolue au cours des 5 à 10 prochaines années en termes d'échelle et d'adoption grand public ? La voyez‑vous émerger comme un remplacement viable pour certains segments de la gig economy, ou principalement comme une couche complémentaire qui renforce les réseaux de livraison existants ?

La livraison par drone deviendra une infrastructure logistique de base, notamment pour les cas d'usage critiques en temps et à haute fréquence.

But I want to be clear on one thing — this will not replace the gig economy. It will reshape it.

La nature de l'implication humaine dans la livraison évoluera de l'exécution à la supervision, du vélo à la gestion d'un système intelligent.

C'est en fait un rôle plus qualifié et plus valorisant. La transformation profonde n'est pas tant les drones que le Physical AI dans la logistique.

Au cours de la prochaine décennie, nous passerons d'une livraison manuelle et fragmentée à des réseaux autonomes et intelligents.

Et lorsque cette transition sera achevée, la question ne sera plus « peut‑on vraiment faire cela avec des drones ? » — ce sera « pourquoi une opération logistique sérieuse ne les utiliserait‑elle pas ? »